29 novembre 2010

Des Fleurs pour Algernon - Daniel Keyes

9 comments

  • Le synopsis :
Algernon est une souris de laboratoire dont le traitement du Pr Nemur et du Dr Strauss vient de décupler l'intelligence. Enhardis par cette réussite, les deux savants tentent alors, avec l'assistance de la psychologue Alice Kinnian, d'appliquer leur découverte à Charlie Gordon, un simple d'esprit employé dans une boulangerie. C'est bientôt l'extraordinaire éveil de l'intelligence pour le jeune homme. Il découvre un monde dont il avait toujours été exclu, et l'amour qui naît entre Alice et lui achève de le métamorphoser. Mais un jours les facultés supérieures d'Algernon déclinent. Commence alors pour Charlie le drame atroce d'un homme qui, en pleine conscience, se sent retourner à l'état de bête...

  • Mes impressions :
Daniel Keyes nous livre ici une SF psychologique qui pousse au questionnement, sur le thème du « Et si ? » : Et si on pouvait rendre les attardés mentaux intelligents ?

En effet, le Pr Nemur et le Dr Strauss ont réussi une prouesse médicale : ils ont rendu une souris, Algernon, intelligente. Fiers de cette réussite, ils décident de tenter l’expérience sur un humain. C’est Charlie Gordon, attardé mental travaillant dans une boulangerie, qui est choisi par les deux scientifiques. En effet, Charlie a une envie irrépressible d’apprendre, malgré son faible QI : il veut devenir intelligent pour avoir plus d’amis. Il apprend déjà à lire et écrire avec Mme Kinnian dans une école spécialisée.

Grâce à cette opération, le QI de Charlie va passer de 70 à celui d’un surdoué. En quelques mois, il va accumuler des connaissances que tout un chacun mettrait plusieurs vies à amasser.

L’écriture du livre est très touchante : le récit se déroule au gré des comptes rendus de Charlie, nécessaires aux médecins pour suivre son évolution mentale. On est donc immergé dans l’histoire à travers les yeux de Charlie. On se sent très proche de lui car il écrit ses comptes-rendus à la manière d’un journal intime, et le lecteur a le sentiment d’être son confident.

On suit donc son évolution : d’abord il écrit très mal, avec naïveté, comme un enfant de six ans. Puis il prend conscience peu à peu du monde qui l’entoure, des souvenirs de son enfance reviennent à lui et sa toute nouvelle intelligence leur apporte un éclairage nouveau. Cet apprentissage se fait dans la douleur, car Charlie va vite se rendre compte que ceux qu’ils croyaient être des amis le considèrent comme un moins que rien et se moquent de lui, ou encore que ses parents l’ont rejeté. Il déchante rapidement car avec cette opération, il voulait se faire de nouveaux amis, et au final il perd tout l’amour qu’il pensait avoir. Ses collègues de la boulangerie le rejettent : son intelligence subite les gêne, et bientôt Charlie se sent très seul…

Il va également faire l’expérience de l’amour, mais non sans difficultés. Car si son intelligence croît de façon spectaculaire en l’espace de trois mois, son intelligence émotionnelle n’en est qu’à ses balbutiements : notre petit génie va même s’apercevoir que l’ancien Charlie, l’attardé mental, est toujours là au fond de lui, et qu’il attend de reprendre sa place… Bientôt, Charlie, fort de son intelligence supérieure, va lui-même arriver à considérer ceux qui l’entourent comme des moins que rien et à les mépriser : il adopte alors l’attitude qu’il déplorait pourtant chez les autres vis-à-vis de l’ancien Charlie…

La force du livre se trouve donc dans sa forme, une sorte de journal intime, une immersion dans les pensées d’un cobaye humain, au cœur d’une expérience qui nous apparaît extraordinaire mais qui bientôt s’avère être une catastrophe : après avoir touché du doigt une intelligence exceptionnelle, Charlie va retourner à son QI initial. La souffrance qu’il a pu éprouver en découvrant le monde qui l’entoure n’est rien comparé à sa descente consciente vers l’ancien Charlie et son handicap mental.

Un livre très touchant, qui nous amène vers de nombreuses questions, la principale étant de savoir si l’on n’est pas plus heureux en étant bête qu’intelligent… On prend également conscience du malaise que provoquent les attardés mentaux, le fait que certains ne les considèrent pas vraiment comme des humains à part entière. Les deux scientifiques à la base de l’expérience le font-ils pour leur gloire personnelle, par amour de la science, ou bien pour aider les attardés mentaux ? Les questions éthiques ont donc également leur place ici.

Un très bon roman SF, qui ne laisse pas indifférent. J’ai personnellement beaucoup aimé la première moitié du livre, et un peu moins la fin, que j’ai trouvée moins touchante malgré l’horreur de la situation.

Ne passez pas à côté !


  • Quelques extraits :
Les meilleurs d’entre eux n’étaient que condescendants, dédaigneux – ils se servaient de moi pour se croire supérieurs et sûrs d’eux-mêmes dans leurs propres limites. N’importe qui peut se sentir intelligent auprès d’un faible d’esprit.
***

Je voulais me lever, montrer à tous quel imbécile il était et lui crier : Je suis un être humain, une personne, avec des parents et des souvenirs et une existence – et je l’étais avant que vous me poussiez sur un chariot dans la salle d’opération !

***

Comme c’est étrange que des gens qui ont des sentiments et une sensibilité normaux, qui ne songeraient pas à se moquer d’un malheureux né sans bras, sans jambes ou aveugle, n’aient aucun scrupule à tourner en ridicule un autre malheureux né avec une faible intelligence. J’enrageais de me rappeler que voici peu de temps, j’avais moi-même fait le clown.

Et je l’avais presque oublié.

Depuis peu seulement j’avais appris que les gens se moquaient de moi. Et maintenant, je m’aperçois que, sans le vouloir, je m’étais joint à eux pour rire de moi. Cela me fait plus mal que tout le reste.

[…]

Dans ma cécité mentale, j’avais cru que cela était d’une manière ou d’une autre lié à l’aptitude de lire et écrire et j’étais persuadé que si je pouvais acquérir ces talents, j’acquerrais également l’intelligence.

Même un faible d’esprit désire être comme les autres hommes.

Un enfant peut ne pas savoir comment manger ou quoi manger, et pourtant, il connaît la faim.


  • Ma Note : 4/5

Ce livre a été lu dans le cadre d'une lecture commune sur Livraddict.


Voici les avis des autres participants : Ethernya, Flo_boss, Furby71, Lexounet, Lisalor, Mélusine, Mina88, Nathalie, Opales, Paikanne, Petitpom, Scor13, Setsuka, Wilhelmina.

Ce livre entre également dans mon challenge Chefs d'œuvres de la SFFF :


9 commentaires:

  1. Très bel article qui met bien en évidence les qualités de ce roman. Je te rejoins tout à fait.

    RépondreSupprimer
  2. Je l'ai lu il y a quelques temps et j'avais beaucoup aimé. La réflexion a laquelle nous pousse ce livre est passionnante et la construction du récit est intéressante. Je pense tout de même le relire afin de mieux saisir certaines choses.

    RépondreSupprimer
  3. Très bel article.
    A coté, j'ai l'impression que le mien (même si il ne va pas dans le même sens) ne vaut rien.

    RépondreSupprimer
  4. @ Lexounet : Merci !! J'attends ton article :)

    @ Malo : Ce que j'attends d'un roman de SF, c'est justement cette réflexion, c'est pourquoi je trouve que Des Fleurs pour Algernon est un très bon cru !

    @ Eternya : Merci beaucoup, et un avis ne vaut jamais rien !!

    RépondreSupprimer
  5. C'est un livre mémorable.

    Ton avis lui rend parfaitement justice.

    RépondreSupprimer
  6. Moi aussi j'ai trouvé ça très touchant, c'est bien le mot ! :)

    RépondreSupprimer
  7. Voila une très jolie critique qui me donne encore plus envie de lire ce livre!!

    RépondreSupprimer
  8. Bien d'accord.. J'étais déjà tentée mais là je suis convaincue. Ce sera un de mes prochains.. Je suis d'accord pour dire que tes chroniques sont vraiment bien écrites.. C'est clair, précis et à la fois personnel.. Chapo !

    RépondreSupprimer
  9. Merci beaucoup, ça me fais plaisir que mes critiques plaisent :) J'espère que d'autres vous plairont également!
    En tout cas n'hésite pas halp, je ne suis pas très SF mais là j'ai vraiment apprécié.

    RépondreSupprimer