13 mars 2011

Dehors les chiens, les infidèles - Maïa Mazaurette

10 comments
  • Le synopsis :

"Dehors les chiens, les enchanteurs, les impudiques, les meurtriers, les idolâtres. Moi, Jésus, je suis l'étoile brillante du matin. » Apocalypse de Jean, XXII, 15-16.

Quatre-vingts ans après la défaite des forces de la Lumière face aux Ténèbres, le monde ne connaît plus que la nuit éternelle. Seul espoir de voir un jour se lever le soleil : la Quête. Tous les cinq ans, un groupe de cinq adolescents spécialement entraînés part à la recherche de l'Etoile du Matin, arme légendaire, seule capable de lever la malédiction divine qui frappe l'humanité.

Avec Dehors les chiens, les infidèles, roman apocalyptique, violent et captivant, s'interrogeant sur le fondamentalisme religieux, Maïa Mazaurette se place d'emblée parmi les auteurs de fantasy à suivre.


  • Mes impressions :

Difficile de chroniquer ce bouquin car il y aurait beaucoup de choses à dire (c'est d'ailleurs pour ça que j'ai un peu traîné à l'écrire), mais je ne suis pas hyper doué pour les critiques recherchées donc je pense que je vais faire simple.

Première chose : j'ai beaucoup aimé ce livre, mais je comprend qu'il ne plaise pas à tout le monde. Car l'auteure s'éloigne de la Fantasy classique et aborde des sujets qui dérangent, notamment (et surtout) le fanatisme et l'obscurantisme religieux. Dans un monde plongé dans une nuit perpétuelle, la religion est toute puissante et livre une guerre sans merci aux infidèles de l'Occidan Noir et aux "enfants du démon", des êtres difformes, monstrueux résultat de l'évolution humaine dans un monde de Ténèbres constantes. Au nom de cette croisade contre les infidèles, les hommes de Dieu tuent à tout va et surtout manipulent de nombreuses informations pour mieux garder la population sous contrôle...

Depuis la chute de la Lumière et du porteur de l'Étoile du Matin, Galaad, des groupes de cinq Quêteurs sont envoyés tous les cinq ans pour retrouver le fameux artefact et faire revenir la Lumière. Nous suivons tout au long du récit l'un de ces groupes de Quêteurs ayant quitté Auristelle (une sorte de cité Sainte où vit la famille royale et la noblesse) depuis quatre ans.

Les cinq Quêteurs ont des personnalités très différentes, ce qui rend leurs relations et leurs échanges particulièrement intéressants. De plus, on se demande souvent lequel a la vision la plus juste, car chacun a ses raisons, et si certaines peuvent paraître louables, les moyens utilisés pour y arriver ne le sont pas du tout. Et puis la foi excessive dont font preuve certains des personnages fait vraiment peur : Astasie, l'Inquisitrice de ce groupe de Quêteurs, se prend presque pour Dieu et est prête à tuer tous ceux qui s'éloignent des enseignements de la foi sans aucun remords... Étant donné ses actes, Astasie n'est-elle pas bien plus proche du Mal incarné que Vaast, l'espion du groupe, qui vient du camp ennemi et qui est donc considéré comme un infidèle ?

Pas de frontière définie entre le Bien et le Mal dans ce roman, et il semble même que le Mal soit bien plus présent que le Bien... Le monde décrit est d'une noirceur assez impressionnante, et finalement il y a peu de notes d'espoir. C'est aussi ce que j'ai aimé dans ce livre : c'est cru, c'est noir, c'est violent, parfois sanglant. On est loin des histoires de fantasy à la cuicui les ptits oiseaux, ou de l'héroïc Fantasy dans laquelle le grand héros part en guerre, coupe trois têtes (sans qu'on ait le droit aux détails) et puis les gentils ont gagné et la paix est restaurée pendant trois siècles, et tout va bien dans le meilleur des mondes. Ici, les cadavres s'entassent, les trahisons se succèdent, et on croise très peu de bons sentiments... Même les "gentils" sont loin d'être parfaits, et ce ne sont pas des saints altruistes, loin de là. Bref, vous l'aurez compris, ne vous attendez pas à une histoire de high fantasy gentillette.

Un roman pareil de temps en temps, ça fait du bien, et ça bouscule un peu nos habitudes. Alors oui, la religion est omniprésente dans ce livre, et ça nous empêche souvent de nous identifier aux personnages; oui, c'est noir et pas marrant, voire violent (on démarre d'ailleurs dès les premières pages par une scène de torture), mais il faut tout de même féliciter l'auteure de s'être essayé à ce type de récit pas facile. Car aborder un sujet comme le fanatisme religieux, c'est pas évident et on peut s'y casser les dents. Ici, c'est bien réussi et ça mérite de s'y intéresser.

En bref : de l'action (on ne s'ennuie pas), des personnages aux personnalités diversifiées, creusés et intéressants, une intrigue bien menée, abordant le sujet du fanatisme et de l'obscurantisme religieux, un univers noir et violent (à déconseiller parfois aux âmes sensibles). Ce qui est sûr : qu'on aime ou pas, c'est un roman qui ne peut pas laisser indifférent. Un très bon cru donc, qui change de nos lectures Fantasy habituelles : essayez si vous osez !

Merci à Blog-O-Book et aux Editions Folio pour ce partenariat, malgré les petits problèmes de La Poste et malgré ma chronique très tardive !


Un petit extrait pour la route :


- Alors la fin justifie les moyens ?

Astasie regarda Spérance comme si elle avait perdu la raison.

- Mais c'est le sens même de la Quête. Tu connais le dicton : l'enfer est pavé de bonnes intentions. l'inverse est également vrai. Le paradis ne s'embarrasse pas de nuances, et la route pour l'atteindre est parfois excessivement cruelle. Notre religion n'est-elle pas fondée sur un calvaire injustifié ? Oui, parfois des innocents sont tués. Et il faut qu'il en soit ainsi .

8/10
Super ! Trolle en redemande !

10 commentaires:

  1. Moi je n'ai pas aimé ce roman, justement à cause de la religion, pour laquelle je suis plutôt réfractaire (que ce soit en vraie, ou dans les romans en fait ^^).

    Mais j'avoue que l'écriture de Maïa Mazaurette est très agréable. Je n'ai juste pas accroché son histoire.

    Et j'adore ta formule "des histoires de fantasy à la cuicui les ptits oiseaux" xD

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  2. ^^ Non mais c'est vrai, dès fois c'est énervant ces histoires qui finissent toujours en conte de fée : "il vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants" ;)

    J'aime bien parfois quand c'est plus "réel", quand les héros souffrent, que c'est violent et que les pouvoirs des personnages (quand ils en ont) ne tombent pas du ciel genre "oh tiens, en deux jours je suis le mage le plus puissant de la planète" lol

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  3. Je fais un petit tour par ici parce que ce roman me tente depuis un bout de temps et je suis contente de lire une critique, positive en plus! J'aime assez ce qui a trait à la religion dans les livres parce que c'est un sujet vaste et qui fait réfléchir. C'est bien aussi si les gentils ne sont pas parfaits: ça me tue dans les bouquins les héros sans taches ^_^. Merci pour cette chronique :D

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  4. Il est dans ma LAL et il me tente toujours ... reste plus qu'à le lire quoi !

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  5. Je connaissais le titre mais je ne me serais jamais douté qu'il s'agissait d'un livre de fantasy! En tout cas ta chronique me donne envie, alors, hop, wish-list! (et j'ajoute un lien de Lectures Trollesques sur mon blog, parce que je me rends compte qu'on a pas mal de goûts en commun ;-) )

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  6. ça donne envie en tout cas de découvrir ce livre :)

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  7. Je me laisserai bien tenter par ce livre, mais je dois dire que j'avais pas super accroché à son premier roman. Je verrai bien ^^

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  8. Ah mince, et de quoi parlait son premier roman ?? Perso je ne connaissais pas cette auteure avant...

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  9. Arf, si tu émets un avis aux ames sensibles, je m'abstiendrai donc de lire ce genre de roman. En tout cas, tu en as fait une très bonne critique !

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