3 février 2014

Gagner la Guerre - Jean-Philippe Jaworski

7 comments

Auteur : Jean-Philippe Jaworski 
Cycle : Récits du Vieux Royaume

Édition : Folio SF
Parution : 2011

Pages : 981
Prix : 13,30 €

Genre : Fantasy

G
agner une guerre, c'est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d'orgueil et d'ambition, le coup de grâce infligé à l'ennemi n'est qu'un amuse-gueule. C'est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l'art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c'est au sein de la famille qu'on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c'est plutôt mon rayon...


J
'avais déjà beaucoup aimé découvrir le Vieux Royaume au travers du recueil Janua Vera, et c'est avec plaisir que j'ai vu l'univers d'une de ces nouvelles développé sur plus de 900 pages.

Il faut dire que le style de Jean-Philippe Jaworski est tout bonnement unique : les personnages ont leur propre jargon, et l'ensemble est très travaillé, ciselé comme un joyau. Cette écriture si particulière peut faire un peu peur quand on l'imagine dans un gros pavé comme Gagner la Guerre. Et pourtant, on s' y fait vite, et surtout, c'est ce qui fait de ce livre un petit bijou de fantasy française. Parce que cette manière d'écrire vient donner encore plus de puissance au roman et aux personnages, le récit est entraînant et rythmé, et les pages défilent toutes seules !

Car le point fort de Gagner la Guerre, c'est bel et bien ses personnages, à commencer par Benvenuto Gesufal. Ahhh le fameux Benvenuto ! Il y a tant à en dire : c'est une crapule de la pire espèce, un redoutable assassin, un homme au sang chaud qui aime la bagarre, la bière et les filles de joie. Et pourtant, à travers ce livre dont il est le narrateur, on en vient inexplicablement à l'apprécier. D'autant plus que l'humour cynique de Benvenuto le rend particulièrement sympathique dans certaines situations^^ Et comment ne pas comprendre, voire admirer sa rage de vivre, sa détermination à se relever de toutes les épreuves ! On découvre avant tout un être humain, avec ses travers et ses vices, mais aussi ses doutes et ses secrets, un passé douloureux qu'il tente d'oublier, et aussi tout un tas de qualités :) Car derrière sa violence et ses coups de sang, Benvenuto est un homme de talent qui excelle dans son métier d'assassin, intelligent, débrouillard, et même esthète, qualités qui lui valent d'ailleurs de nombreux déboires...

Vous allez vite comprendre pourquoi : le point de départ du livre, c'est une guerre entre Ciudala (une ville qui fait penser à la Renaissance italienne) et Ressine (qui ressemble à l'Empire Ottoman). Cette guerre vient tout juste de se terminer en beauté par une bataille décisive dans laquelle Ciudala est sortie vainqueur. Une situation qu'on aurait tendance à rencontrer à la fin d'un livre de fantasy, non ? Mais gagner la guerre, en fait, ce n'est que le début. Parce qu'ensuite, il faut départager les gains entre les vainqueurs, et là s'engage alors une bataille moins visible, plus pernicieuse, mais qui fait tout autant de dégâts. D'autant plus que deux camps s'affrontent à Ciudala : ceux qui veulent continuer la guerre et achever définitivement Ressine, et ceux qui veulent négocier avec les vaincus pour en tirer des accords commerciaux avantageux. Les hommes politiques de Ciudala sont tous corrompus jusqu'à la moelle, recherchent le pouvoir à tout prix pour servir leurs intérêts personnels et se disputent les morceaux du butin à coup de meurtres, alliances, trahisons, magie et manipulation en tous genres. Et Benvenuto, étant l'espion d'un des pires hommes politiques de la ville, va en faire les frais... Il se retrouve au centre d'une partie d'échecs où son employeur, Leonide Ducatore, semble toujours avoir plusieurs coups d'avance, utilisant ses hommes de main comme de vulgaires pantins afin d'atteindre son but.

On se régale tout au long du roman auprès de ce personnage haut en couleur, et vraiment très réussi. Le parcours de Benvenuto nous amène à découvrir de nombreux lieux différents, à commencer par Ciudala, qui s'avère un personnage à part entière. On rencontre également des personnages secondaires fouillés et vraiment intéressants. Certains mériteraient d'ailleurs que leur propre histoire soit développée dans d'autres romans ou nouvelles, notamment les deux elfes de Bourg-Preux, Annoeth et Eirin, ainsi que le capitaine Melanchter. Qu'est-ce que j'aimerais aussi savoir ce que trafique Sassanos dans l'ombre ! Car à la fin du roman, de nombreux points restent en suspens : la guerre politique n'est jamais vraiment finie... Cette fin, bien qu'un peu frustrante, m'a énormément plu, parce qu'elle est très représentative des personnages et de l'ensemble du roman. En plus, elle ne ressemble pas à ce qu'on voit en général en fantasy, et ça fait du bien d'être surpris !

Mon seul reproche à ce livre, ce sont de petites longueurs, souvent rattrapées par de beaux retournements de situation :) Il y a aussi un moment où j'ai trouvé les retournements un peu redondants, mais rien de bien méchant. Je n'ai pas vu le temps passer, et pourtant il y avait pas mal de pages à avaler :)



Un petit bijou de fantasy unique en son genre, avec un personnage principal haut en couleur, à la fois détestable et attachant, et dont on déguste l'humour piquant et les réflexions cyniques même dans les pires situations. Les personnages secondaires sont tout aussi réussis, et j'aimerais beaucoup en voir certains faire l'objet d'un roman ou d'une nouvelle à part, pour continuer à explorer l'univers si vaste du Vieux Royaume !

Le style est dense et très travaillé mais pas du tout indigeste : il colle parfaitement à l'univers et à l'ambiance d'intrigues politiques et de coups bas qui se cache derrière les apparences raffinées de la bonne société de Ciudala. C'est ce qui rend le roman si fascinant et qui m'a rendu admirative, car l'auteur maîtrise parfaitement tous les aspects du récit et nous propose de nombreux rebondissements. Le seul petit bémol, ce sont quelques longueurs, mais rien de bien méchant, car malgré tout, les pages défilent toutes seules, et on se retrouve bien vite à la fin de ce pavé, à réclamer une suite :)

9/10


13/72

3/26

Une guerre

Baby Fantasy Livraddict 
13/20

7 commentaires:

  1. C'est l'effet Jaworski : on ne peut pas ne pas aimer ! C'est tellement bien écrit que déjà, il part avec un gros avantage. ;)

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  2. Depuis le temps que je tourne autour, J'avais peur qu'il soit fastidieux à lire, là je suis complètement sous le charme de ta chronique, en attendant d'être sous celui de ce roman ! Merci de cet article exalté, ça donne envie ;)

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  3. Est ce qu'il est possible de lire Gagner la guerre sans avoir lu Janua Vera ? Le format nouvelle ne m'attire pas, par contre celui ci me tente carrément !

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    1. Oui oui tu peux lire Gagner la Guerre de manière totalement indépendante ! Après, même si le format nouvelle ne te tente pas, tu auras quand même peut-être envie d'essayer Janua Vera, car on y retrouve des personnages de Gagner la Guerre dans des histoires indépendantes, et surtout on y retrouve des nouvelles qui se passent dans le même univers et qui l'enrichissent !

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  4. Je suis assez attiré par ce roman mais j'ai peur de par sa longueur d'un manque de scene epique ou d'action je recherche surtout ça avec de la truculence dans les aventures au vu de ta chronique qui est tres bien construite :) je oeux m'y mancer? :)

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    1. Il y a de l'action, mais pas tout le temps. L'intrigue est tournée vers la politique, le meurtre et la manipulation, donc si tu préfères l'action et l'aventure pures, ça pourrait te paraître long comme lecture. Mais bon je ne peux que te le recommander car ce bouquin est vraiment une perle, ça serait dommage de passer à côté :)

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