27 décembre 2015

Les nefs de Pangée - Christian Chavassieux

5 comments

Auteur : Christian Chavassieux

Édition : Mnémos
Parution : 2015

Pages : 496
Prix : 23 €

Genre : Fantasy

P
angée, terre immense au milieu de l'océan unique, continent de terre sèche et d'embruns où vit le peuple de Ghiom, dont l'histoire, en ce jour de la dixième chasse à l'Odalim, bascule.

Les Grands de Pangée ont parlé : le monstre marin doit mourir. Pour la paix. Pour l'ordre. Pour la promesse d'une nouvelle ère faste à venir, dans ce monde rongé par les mésalliances et les guerres fratricides.

Pourtant, quand les Nefs s'engagent sur l'Océan, une seule question demeure : si la traque échoue, si l'Odalim survit, si l'union faillit, les enfants de Pangée se dévoreront-ils ? Cette dixième chasse ne serait-elle alors qu'un chant du cygne ?

Récit de guerre, légende, chronique d'un peuple, Les Nefs de Pangée traversent les genres et emportent avec elles le goût des explorations, des combats et des drames à grande échelle. Avec sa plume vive et sensuelle, dans des décors aux dimensions hallucinantes, Christian Chavassieux nous propose un lyrisme nouveau et un voyage, sur terre et sur mer, à la dimension d'une fantasy opéra.


A
chaque nouveau cycle (c'est-à-dire à peu près tous les vingt-cinq ans), les nations de Pangée jettent toutes leurs forces dans la chasse à l'Odalim, une immense créature qui domine l'Unique, un océan démesuré. L'issue de cette chasse détermine le sort du cycle à venir : si l'Odalim est défait, le prochain cycle sera placé sous le signe de la paix et de l'abondance. Si les Ghiom (les habitants de Pangée) reviennent vaincus de leur périple sur l'Unique, alors le prochain cycle sera néfaste et jonché de difficultés économiques, politiques, etc.

Pour éviter de renouveler l'échec cuisant de la neuvième chasse, il est alors décidé d'engager toutes les ressources des nations dans une immense entreprise : construire la plus grande flotte de tous les temps, pour défier l'Odalim et le sacrifier sur l'autel de la suprématie de Pangée. Mais cette dixième chasse va coïncider avec de nombreux changements dans la société Ghiom, et le symbole porté par ce grand sacrifice perd peu à peu de son aura : au fil des chapitres, la dixième chasse se prépare, et les changements s'installent. Peu à peu, l'économie de Pangée, basée sur des valeurs de partage, de gratuité et d'égalité, se transforme en une économie marchande et inégalitaire. Le culte d'un seul homme devient la norme, et l'unité des nations permise par la chasse s'étiole petit à petit, donnant naissance à des dissensions politiques de plus en plus importantes, réprimées dans le sang.

Les nefs de Pangée est ainsi un récit qui s'étale sur plusieurs dizaines d'années et qui s'attache à rendre compte des bouleversements de la civilisation Ghiom telle qu'elle existe au début du roman. C'est un texte dense, avec un univers extrêmement riche; une fresque énorme, épique, à la fois récit de la dixième chasse, aux proportions dantesques, mais également fresque politique et économique, qui cherche à capturer les changements d'une civilisation entière, le moment où tout bascule dans quelque chose de totalement nouveau, où les traditions sont abandonnées, où le monde que l'on connaît se transforme en un monde différent.

Le récit est ainsi l'occasion d'amorcer de nombreuses réflexions, à la fois au niveau macro de la civilisation, mais également au niveau des problématiques personnelles de chaque personnage du roman. Pour rendre compte de tout cela, l'auteur utilise des images fortes, puissantes, démesurées et violentes, au travers d'une plume à la fois lyrique et précise.

Jusqu'ici, à me lire, vous pensez peut-être que ce roman est un coup de cœur. Car il est indéniable qu'il a de grandes qualités, à tous les niveaux. Cependant, j'ai besoin d'empathie avec les personnages pour me sentir partie prenante de l'histoire. J'ai besoin de les ressentir, de les comprendre, de vivre l'aventure à leurs côtés. Et malheureusement, l'aspect "grande fresque historique et épique" des nefs de Pangée instaure une distance avec les personnages qui m'a grandement refroidie et m'a posé des difficultés pour entrer dans l'histoire et l'apprécier. L'émotion est présente dans le récit, mais elle n'est pas transmise par les personnages, plutôt par le biais d'images évocatrices, de scènes phares comme celles de la grande bataille contre l'Odalim. Ainsi, j'ai lu l'émotion, mais je ne l'ai pas vraiment ressentie. Elle m'est restée extérieure, et c'est vraiment quelque chose qui me gêne profondément. 

Du coup, le début du roman a été assez difficile pour moi, car il y a de nombreux éléments à assimiler, le récit est très dense, les personnages nombreux. C'est surtout le dernier tiers qui constitue pour moi le cœur du roman, celui qui m'a le plus emporté : l'action y est plus présente, et j'y ai éprouvé un début d'attachement à certains personnages (principalement Hammassi, mais aussi Bhaca, je trouve le personnage particulièrement intéressant).

Tout en étant admirative du travail qu'a dû demander l'écriture du roman, du rendu final, des réflexions amenées, je reste finalement déçue du voyage. Comme si j'étais passée à côté de quelque chose de grand, et que je n'avais pas réussi à en faire totalement partie. Une expérience enrichissante mais également frustrante, et par moment assez fastidieuse pour toutes les raisons évoquées plus haut.



Les nefs de Pangée est une fresque historique, sociétale et économique du peuple de Pangée, au moment où il est secoué par sa plus grande crise : le roman est une immense scène de théâtre, dans laquelle se joue le sort d'une civilisation entière, son mode de vie, ses valeurs, ses traditions, ses croyances. Le récit est dense, puissant, dantesque, à l'image de l'Odalim et de la dixième chasse : tout y est démesuré ! La plume de l'auteur, à la fois lyrique et précise, est pleine d'images puissantes et évocatrices, et parvient à amorcer de nombreuses réflexions. Cependant, l'aspect "fantasy opéra", selon les termes de l'éditeur, induit une distance assez marquée avec les personnages : le récit est resté très froid pour moi. En conséquence, j'ai eu beaucoup de mal à apprécier l'histoire et à me laisser porter par les événements... Je reste sur le sentiment d'être passée à côté de quelque chose !

6,5/10

5 commentaires:

  1. On me l'a offert à Noël, j'espère qu'il me plaira ...

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  2. C'est vrai que l'aspect "chroniques" du roman fait qu'une distance peut s'installer entre le lecteur et les personnages.
    Mais je n'ai pas ressenti cet effet, j'ai été totalement happé par cette énorme fresque. Du grand art !

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    1. Oui, j'ai vu que Blackwolf, Lune, Xapur et toi l'aviez particulièrement apprécié. Je ne sais pas pourquoi mais peut-être que l'aspect "fantasy opéra" est plus habituel / moins gênant pour des lecteurs de SF comme vous ? C'est vraiment ce qui m'a dérangée car dans le fond, c'est du bon !

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    2. C'est possible en effet. En général j'aime bien l'aspect "chroniques" que peut prendre un roman, ça donne un côté historique et/ou légendaire (voire mythique) au récit, et comme j'aime bien l'histoire, le fait de découvrir l'histoire ou les mythes d'un monde inconnu m'enthousiasme beaucoup. ;)

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