18 février 2016

Sovok - Cédric Ferrand

7 comments

Auteur : Cédric Ferrand

Édition : Les Moutons Électriques
Parution : 2015

Pages : 224
Prix : 19,90 € (6,99 € en numérique)

Genre : Science-Fiction



Moscou, dans un futur en retard sur le nôtre. Manya et Vinkenti sont deux urgentistes de nuit qui circulent à bord de leur ambulance volante de classe Jigouli. La Russie a subi un brusque infarctus politique, entraînant le pays tout entier dans une lente agonie économique et une mort clinique quasi certaine. Le duo d’ambulanciers est donc le témoin privilégié de la dégradation des conditions de vie des Russes. Surtout que leurs propres emplois sont menacés par une compagnie européenne qui s’implante à Moscou sans vergogne.

Et puis un soir, on leur attribue un stagiaire, Méhoudar, qui n’est même pas vraiment russe, selon leurs standards. Ils vont quand même devoir lui apprendre les ficelles du métier.


S
i j’avais beaucoup aimé Wastburg, je ne sais pas trop quoi penser de Sovok. Rien de fondamentalement négatif, rassurez-vous, mais je n’ai malheureusement pas non plus pris mon pied à la lecture, et je vais vous expliquer pourquoi :)

Mais faisons les choses dans l’ordre : de quoi parle donc Sovok ? Ce qu’il faut savoir, c’est qu’il n’y a pas réellement d’intrigue : un peu comme Wastburg qui racontait des petits bouts de vie des habitants de la ville, ici Sovok raconte une tranche de vie d’une équipe d’ambulanciers dans une Russie rétro-futuriste.

Quésako ? Rétro-futuriste, ça veut dire que le monde inventé par l’auteur est un monde passé (chronologiquement parlant), mais dans lequel la technologie est plus avancée que ce qui existait réellement à l’époque. Par exemple, la Jigouli utilisée par les personnages principaux, et qui est illustrée sur la couverture, est une ambulance qui se déplace en volant ! Une technologie plus avancée sur certains points donc, mais ce n’est pas pour autant que les habitants de Moscou sont en meilleure santé : au contraire, on se rend compte avec Sovok du mode de fonctionnement inégalitaire du système de santé…

Ainsi, le transport en ambulance est assuré uniquement par des sociétés privées, qui se font la guerre pour acquérir des parts de marché : d’un côté il y a Blijni, employeur de nos trois protagonistes principaux Manya, Vikenti et Méhoudar, avec ses ambulances déglinguées et son fonctionnement à l’ancienne ; de l’autre, il y a LastChance, la multinationale avec ses équipements derniers cris et son personnel qui ne parle même pas le russe… Dans ce système, la santé est une marchandise comme une autre : les patients sont vus comme des clients plutôt que comme des personnes à guérir / sauver : certains actes non rentables ne sont pas effectués par les ambulanciers, qui parfois ne déposent même pas les patients à l’hôpital, car aucun service ne veut les accueillir (sauf éventuellement si les ambulanciers y vont de leur poche…). A contrario, les hôpitaux s’arrachent les patients « juteux » (entendez par là : avec un potentiel de facturation important), et sont même prêts à payer pour les accueillir, via un système d’enchères…

Sovok, c’est donc le récit d’une semaine intense au cœur de la vie de deux ambulanciers qui accueillent un petit nouveau dans leur équipe, et qui embrassent ce mode de vie basé sur le système D et la combine : chacun fait ce qu’il peut et tente d’améliorer son quotidien par de petites magouilles, des pots-de-vin et autres réjouissances… Ce qui peut choquer étant donné les petits arrangements de chacun avec la morale et les choix qui sont faits par les personnages dans certaines situations…

Cependant, je dois avouer que je ne m’attendais pas à ça en commençant ce livre, et je me suis sentie plus mal à l’aise qu’autre chose face à cette Russie imaginaire. Sovok est un roman bien noir, et ça me fout plus le cafard qu’autre chose ; ce qui ne veut pas dire que c’est un mauvais roman, bien au contraire ! Cela reste finalement dans la lignée de Wastburg, qui décrivait une ville et ses habitants dans leur quotidien, qui n’était souvent pas très joli à voir. Mais Sovok se rapproche plus d’une possible réalité, et c’est ce qui m’a plus perturbée finalement. Et en même temps, moi qui déteste les hôpitaux et le sang, j’adore les séries TV du type Urgences (allez comprendre…), et j’ai beaucoup aimé cet aspect du roman, j’avais du mal à couper ma lecture au milieu d’une des journées de travail de nos trois ambulanciers :)

Dernier point concernant l’intrigue, qui pour moi est tout de même restée un peu trop mince : dans Wastburg, on avait un fil rouge pour relier les histoires des différents habitants, une sorte d’intrigue de fond qui assurait la cohérence de l’ensemble. Avec Sovok, si le monde et le comportement des personnages sont totalement cohérents, il manque une intrigue un peu plus poussée pour totalement ferrer le lecteur.

Bref, un roman bien foutu, mais dont le thème et le fond assez sombre m’ont un peu trop dérangés pour que je puisse l’apprécier à sa juste valeur.



Avec Sovok, Cedric Ferrand propose à nouveau un roman « tranche de vie ». Après s’être attelé à la ville de Wastburg et à ses habitants pas très recommandables, il nous fait vivre ici une semaine complète auprès de trois ambulanciers, au cœur d’une Russie rétro-futuriste qui n’a rien à envier à Wastburg… Car dans cette version de Moscou imaginée par l’auteur, la corruption est une véritable institution, et la santé n’est rien moins qu’une marchandise comme les autres. Ainsi, chacun y va de ses magouilles et de ses combines, et s’arrange avec la morale pour garder la tête haute et améliorer un peu son quotidien pourri, souvent au détriment des autres et de l’intérêt général. Un roman noir et désenchanté, qui m’a dérangé du fait de sa proximité avec la réalité, mais qui reste une lecture de qualité et un petit ovni littéraire.

7/10

7 commentaires:

  1. Je l'ai aussi trouvé assez sombre et pas très réjouissant, mais l'aspect "petites tranches de vie" m'avait bien plu (et puis bon, une ambulance qui vole, ça ne se refuse pas !).

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    1. C'est vrai que les voitures volantes c'est plutôt fun !! (enfin bon, moi je n'aimerais pas trop être dans une Jigouli conduite par Manya ...)

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  2. Ah Wastburg m'avait plu par la qualité de l'écriture et de toutes ces petites scénettes édifiantes dans un univers bien travaillé.. Mais c'est à petit dose, je préfére une vraie intrigue, j'ai souvent besoin d'avoir un fil conducteur ... Apparemment il est passé de la fantasy à la SF ... Je le note, merci tite trolle!

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    1. Je crois que je préfère aussi avoir une vraie intrigue, mais ce qui est certain, c'est que l'auteur maîtrise très bien ce format "tranche de vie" !

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  3. Le manque d'intrigue ne m'avait pas dérangé, car je l'avais vraiment pris comme un instantané, mais je comprends que cela puisse gêner.

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    1. Je sais que c'est un des reproches qu'on retrouvait dans beaucoup de chroniques sur Wastburg. Ça m'avait moins gênée dans Wastburg mais là, je ne sais pas, il me manquait vraiment un fil conducteur plus solide pour complètement entrer dedans.

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