22 août 2016

Quand la nuit devient jour - Sophie Jomain

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Auteur : Sophie Jomain

Édition : Pygmalion
Parution : 2016

Pages : 238
Prix : 16 €

Genre : Contemporain


O
n m’a demandé un jour de définir ma douleur. Je sais dire ce que je ressens lorsque je m’enfonce une épine dans le pied, décrire l’échauffement d’une brûlure, parler des nœuds dans mon estomac quand j’ai trop mangé, de l’élancement lancinant d’une carie, mais je suis incapable d’expliquer ce qui me ronge de l’intérieur et qui me fait mal au-delà de toute souffrance que je connais déjà.
La dépression.
Ma faiblesse.
Le combat que je mène contre moi-même est sans fin, et personne n’est en mesure de m’aider. Dieu, la science, la médecine, même l’amour des miens a échoué. Ils m’ont perdue. Sans doute depuis le début.
J’ai vingt-neuf ans, je m’appelle Camille, je suis franco-belge, et je vais mourir dans trois mois.
Le 6 avril 2016.
Par euthanasie volontaire assistée.



J
e ne sais pas trop ce qui m'a poussé à lire ce livre : sa couverture, avec cette main tendue et ses grues en origamis ? Son thème, l'euthanasie volontaire assistée, à la fois original et controversé ? L'auteur, dont les romances fantastiques connaissent un beau succès et que j'avais envie de découvrir sans le savoir ? Finalement, peu importe : ce qui compte, c'est que j'ai franchi le pas, et que j'ai bien fait. Car ce roman est un contemporain qui tire sur la romance (pour cette partie je ne savais pas, mais j'aurai dû m'en douter car je me suis rendu compte après coup qu'il y avait de gros indices sur la 4ème de couv... que je n'avais pas lue, comme d'hab), et je suis un peu frileuse quand il s'agit de sortir de mes genres de prédilection...

Pourtant, j'ai lu avec une grande facilité ce court roman, qui va à l'essentiel sans ennuyer le lecteur. Alors oui, ce n'est pas un roman particulièrement joyeux, mais il ne tombe pas non plus dans le pathos. Et avant de parler d'euthanasie volontaire assistée, c'est surtout une histoire qui parle d'une maladie de plus en plus répandue mais encore mal connue : la dépression, et tout un tas de problèmes psychologiques tels que l'anorexie, la boulimie, les crises d'angoisse, etc. Je n'en ai moi-même jamais souffert, mais j'ai une amie proche qui est tombée en dépression il y a quelques années, une autre qui est cyclothymique, et autour de moi, je ne peux que constater que beaucoup de mes connaissances ont été touchées de près ou de loin par cette maladie.

Alors j'ai reconnu certains comportements, l'incompréhension de l'entourage et plus particulièrement de la famille. C'est aussi ce que j'ai aimé dans le livre : c'est un roman qui parle de la dépression, qui parle de l'euthanasie volontaire assistée, mais sans jugement ni pathos trop prononcé. Cette histoire pourrait être celle d'un de vos proches. A chaque lecteur de se faire son avis sur la question, en tout cas les sujets abordés ne peuvent laisser indifférent.

Au-delà de ces thèmes, c'est aussi l'histoire d'une jeune femme, Camille. Un personnage qui est bien développé dans toute sa complexité : à la fois faible du fait de sa souffrance intérieure, elle apparaît parfois au contraire comme une femme forte, et surtout très déterminée. Ce qui démontre bien l'ambiguïté de l'humain, et des personnes souffrant de dépression. Le roman est aussi une histoire de tolérance et de compréhension, car Camille est admise dans un centre spécialisé, et l'objectif des médecins n'est pas de la convaincre de changer d'avis, mais de l'aider à aborder sereinement ses dernières semaines de vie.

Certains regretteront peut-être que l'auteur tombe dans un fantasme bien connu, et que la romance s'invite dans le roman. Mais au final, ça ne m'a pas dérangé du tout. Au contraire, cela ajoute une émotion supplémentaire dans le récit, la romance étant bien construite. J'ai de plus adoré la fin, qui reste ouverte et laisse au lecteur le soin de choisir une voie ou une autre...




Dans ce roman, Sophie Jomain aborde avec beaucoup de justesse le thème de la dépression et de l'euthanasie volontaire assistée, sans jugement et sans rentrer dans le débat : c'est à chaque lecteur de se faire son propre avis sur la question. Elle y développe l'histoire de Camille, une jeune femme dont la souffrance est telle qu'elle voit la mort comme une délivrance. Un format court, une fin ouverte, et un récit plein d'émotions, qui ne laissera personne indifférent.  


8,5/10

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