3 décembre 2016

Demokratia - Motorô Mase

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Auteur : Motorô Mase
Cycle: Demokratia (5 tomes)

Édition : Kazé
Parution : 2015/2016

Nombre de tomes : 5 (série terminée)
Prix : 8,29 € (pour un tome)

Genre : Manga, Seinen


F
ruit de l’émulation entre Taku Maezawa, élève en ingénierie, et Hisashi Iguma, spécialiste en robotique, le concept de “D?mokratía” semble révolutionnaire : 3 000 personnes, recrutées au hasard sur le web, décideront à la majorité via un réseau social des faits et gestes de Mai. Ce robot d’apparence féminine pourrait ainsi devenir le creuset d’un savoir collectif, la convergence de 3 000 intelligences… Mais l’expérience pourrait aussi révéler qu’à l’épreuve du monde réel, démocratie n’est pas toujours synonyme de raison…


C
omme pour sa série précédente Ikigami, j'ai tout de suite été intriguée par le postulat de départ de ce manga, et attirée par son format court (5 tomes). Ici, le mangaka pose la question de la démocratie : Taku Maezawa, un étudiant en ingénierie, s'associe avec Hisashi Iguma, spécialiste en robotique, pour créer illégalement un androïde dont les actions sont dictées par une communauté d'internautes anonymes et désignés au hasard. Le programme sur lequel repose ce système se nomme Demokratia.

Le principe ? Les actions de l'androïde sont soumises à un processus démocratique : chaque membre de la communauté peut proposer une action. L'ensemble des actions saisies sont alors analysées par le programme, qui en restitue seulement trois : les deux premières options sont celles qui ont été le plus proposées, et la troisième est une proposition unique, c'est-à-dire saisie par un seul membre. Cette troisième proposition permet à la minorité de s'exprimer, constituant ainsi une force d'opposition à la majorité : comme dans tout processus démocratique, la minorité peut s'exprimer, et ses idées peuvent être entendues. Ensuite, chaque membre peut voter pour une des trois propositions.

L'objectif de Demokratia ? Faire de cet androïde un "être idéal", qui se nourrit du meilleur de la communauté. Et pourtant... l'expérience va s'avérer plus compliquée que prévu ! Ainsi, au départ, Demokratia semble bien fonctionner. Mais au fur et à mesure que les membres prennent de l'assurance et s'impliquent dans le programme, il apparaît que la démocratie n'est pas aussi parfaite que prévue... Car en s’immisçant dans la vie de vraies personnes, toute la communauté de Demokratia supporte la responsabilité des actes de l'androïde, et se rend compte qu'en pensant agir pour le mieux, les conséquences peuvent parfois être néfastes !

Et surtout, on se rend compte que malgré le système démocratique mis en place, les décisions prises n'en sont pas pour autant rationnelles : bien souvent, un ou plusieurs participants se retrouvent leaders dans une situation donnée, et peuvent influencer l'ensemble de la communauté. Les choix sont donc souvent biaisés par l'expérience propre de chaque participant, et des conflits internes au sein de la communauté apparaissent très rapidement. Ainsi, le débat sain des débuts se radicalise peu à peu, et l'androïde finit par s'éloigner complètement de la vision de "l'être idéal" de ses créateurs, qui en perdent le contrôle...

Le mangaka, au travers de Demokratia, questionne donc le système démocratique même, et d'autres éléments de la société (notamment certains points du système de santé japonais), mais sans jamais juger directement. Il laisse au lecteur le soin de tirer lui même les conclusions de sa lecture, ce qui rend la série vraiment réussie, bien que le ton soit finalement très sérieux, car les sujets abordés sont loin d'être anodins.

La fin est assez surprenante, et si je n'en suis pas absolument fan, je la trouve bien mieux réussie que celle d'Ikigami (qui m'avait beaucoup déçue). Elle a un petit côté amusant qui dédramatise les événements des cinq tomes et laisse le lecteur sur un certain étonnement.


Demokratia est un bon seinen dans lequel le mangaka développe le concept d'androïde dirigé par une communauté régie par un système de vote démocratique. Cependant, l'objectif de départ, créer un être "idéal", devient très vite illusoire... Par son histoire, Motoro Mase pousse le lecteur à s'interroger, sans jamais lui imposer son propre point de vue. Cette série s'en sort bien mieux qu'Ikigami à mon sens, tout en restant dans la même veine : une bonne lecture !


8/10

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